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Chronique indépendance
50 ans après
Qu’est devenu le syndicalisme
Congolais ?
Les
choses se sont précipitées tel un enfant qui naît et grandit aux yeux de
tous ou encore comme le ricin dans le livre Biblique de Jonas. A la
vitesse de croisière, la République Démocratique du Congo totalise cette
année ses 50 ans ²d’indépendance acquise au prix d’une lutte
implacable. Certes, les mouvements sociaux en général, à l’instar de la
classe politique, s’imposent l’obligation de méditer et dresser le bilan
de ce parcours cinquantenaire.
Sans rester en marge, la confédération
du syndicale Congo tire autant son épingle du jeu pour faire cet
exercice. Qu’est devenu le syndicalisme Congolais 50 années après? C’est
du reste la question que ne se pose pas seulement les syndicalistes
eux-mêmes, mais aussi les acteurs du monde du travail intéressés à la
question ouvrière.
Une chose est aussi certaine c’est que
paradoxalement au champ politique, le syndicalisme en République
Démocratique du Congo, à la période post-coloniale c’est-à-dire dès
l’acquisition de l’indépendance, s’était distingué par une apogée
nettement fascinatrice avec des méthodes de gestion des problèmes
ouvriers absolument dynamiques et efficients faisant du syndicat un
havre de paix et un rocher de secours pour les masses laborieuses.
Le pan de l’histoire
Sans donner une lecon ex-cathedra de
l’histoire du syndicalisme tel que vécu durant les présents 50 ans, une
histoire d’ailleurs pas encore certes dessinée à l’instar de la période
précoloniale déjà analysée par l’un des baobabs du mouvement syndical
Congolais le regretté Fernand Kikongi, nous voulons dans cette analyse
revenir sur quelques moments passionnants de ce parcours et décrire
l’état de lieu du mouvement syndical qui totalise aussi ses 50 années de
gestion par les noirs.
Aussi simple que claire, l’histoire du
mouvement syndical Congolais dont nous célébrons le cinquantenaire
comprend trois grands moments particuliers. Ces périodes s’étalent donc
de 1960 à 1967 ; de 1967 à 1990 et de 1990 à ce jour.
D’un schéma à un autre et de fil en
aiguille, pendant la première période c’est-à-dire du 30 juin 1960 au 23
juin 1967, le mouvement syndical fonctionna en pluralisme. A l’occasion
de l’étatisation mieux l’imposition du pouvoir politique le 23 juin
1967, le mouvement syndical redevint monolithique et monosyndical avec
le syndicat unique dénommé Union Nationale des Travailleurs du Zaïre « Untza »
qui évolua comme tel jusqu’en 1990 quand fut proclamée la
démocratisation de la vie politique du pays par le Président Mobutu. Dès
lors, renaquit le schéma pluri syndical qui se maintient encore
aujourd’hui.
Parcours de gloire ou d’humiliation ?
Il est à relever comme effleuré
précédemment que le parcours du syndicalisme durant ces 50 ans
accomplis est vraisemblablement fait de montagnes et de vallées. Cela
laisse indiquer qu’il y a eu paradoxalement des moments de gloire et
d’humiliation. Gloire circonscrite évidemment dans une période, celle
notamment allant de 1960 à 1967, dont en dépit du pluralisme, le
mouvement syndical a fonctionné normalement, à grande finesse et
efficience avérées.
Porté à prendre en otage le mouvement
syndical, le pouvoir politique de l’époque imposa sa fusion et,
nonobstant que ce syndicat unique ainsi fédéré connut un succès et un
prestige sans précèdent tant sur le plan national que sur le plan
international jusqu’à être cité comme modèle pour les autres syndicats
africains par des organismes attitrés comme le Bureau International du
Travail, malheureusement sa transformation en branche spécialisée du Mpr
Parti- Etat, la modification de sa charte et des Statuts le ravala en
une véritable caisse de résonance après l’avoir vidé de sa substance
pour en faire une simple courroie de transmission.
Schéma pluri-syndical relancé avec le
discours présidentiel du 24 avril 1990, là encore un faisceau de
facteurs a déséquilibré le fonctionnement des syndicats dès cet
instant à ce jour ne permettant pas une lutte solidarisée au grand
intérêt d’une cure de jouvence aux stratégies à affuter pour une
heureuse canalisation de nombreux problèmes des masses laborieuses.
Photographie après 50 ans
Il ne suffit donc pas d’être un
observateur rôdé pour comprendre le fonctionnement actuel mieux
l’évolution du syndicalisme dans notre pays après la marche
cinquantenaire. Toute chose restant égale par ailleurs, autant les
tissus politique, économique et social du pays ont été dévastés et
envahis par de problèmes implosant leur instabilité, autant le
syndicalisme en République Démocratique du Congo est évidemment malade.
Une photographie peu rutilante, après 50
ans le syndicalisme Congolais porte en soi le germe de la distorsion
dans ses actions avec l’inéluctable conséquence majeure de sa
fragilisation. Décriée de plus belle et de bonne guerre, cette
fragilisation colle au syndicat la sulfureuse réputation d’un exécuteur
de basses œuvres que d’être véritablement un vecteur de la promotion de
défense des droits et intérêts des masses laborieuses.
A l’occasion des obsèques de son ami
Fernand Kikongi, se remémorant des exploits syndicaux et du comportement
dogmatique, exemplaire et orthodoxe des acteurs syndicaux de leur
génération à l’aube de l’indépendance, Boboliko Lokonga l’un des
pionniers du mouvement syndical Congolais a autant déploré toutes les
antivaleurs greffées comme une sangsue sur le syndicalisme Congolais et
bâties malheureusement en règles et normes de gestion.
De manière très claire, après 50 ans de
parcours le syndicalisme Congolais a sensiblement été affecté par des
maux divers avec en toile de fond la corruption sclérosée et monnaie
courante des syndicalistes et travailleurs, la lutte au leadership, la
traîtrise avérée de certains dirigeants syndicaux qui ne se sont pas
manifestés comme de bons bergers sur les brebis, le manque de
professionnalisme, le déficit de culture syndicale, la fragilisation du
mouvement par la création des syndicats mallettes au sein des
entreprises facteur de désaffection syndicale, la politisation du
mouvement syndical etc.,.
Depuis l’outre tombe
A Fernand Kikongi de rappeler suivant sa
déclaration à la Conférence Nationale Souveraine en 1993 que : « le
syndicalisme est, en effet, une foi, un engagement, mieux un apostolat
toujours dans la recherche de ce qui est beau et de ce qui est mieux
pour les travailleurs. Le syndicalisme est et restera la meilleure école
de discipline, mais aussi le respect de l’adversaire, il oblige chacun à
faire violence de ses ambitions pour se consacrer entièrement à l’autre ».
Ainsi, il appartient à la génération
actuelle de reformer les choses, sinon le syndicalisme ne serait tout au
plus qu’un colosse au pied d’argile voué à la disparition.
Hilaire VIMINDE |